Une espèce exotique envahissante
Arrivé accidentellement en France en 2004, le frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax) a colonisé la majeure partie du territoire et plusieurs pays voisins. Il est classé espèce exotique envahissante au niveau européen et danger sanitaire pour l'abeille en France : voir statut réglementaire de l'espèce.
Son impact sur l'apiculture est le plus visible. Mais en tant que prédateur généraliste installé à forte densité, il pèse aussi sur d'autres insectes. La revue de l'INRAE (Monceau et al., 2014) notait que l'impact sur les services de pollinisation n'avait pas encore été évalué avec précision. Des études plus récentes commencent à le documenter.
Quels insectes sont touchés ?
D'après l'analyse des proies rapportées au nid par le MNHN (Villemant et al., 2011), le régime se répartit en moyenne ainsi :
| Groupe | Part des proies | Rôle écologique |
|---|---|---|
| Abeilles domestiques | Environ 37 % | Pollinisation, production de miel |
| Mouches (dont syrphes) | Environ 34 % | Pollinisation, recyclage, lutte contre les pucerons (larves de syrphes) |
| Guêpes sociales | Environ 18 % | Prédatrices d'autres insectes |
| Autres (papillons, araignées…) | Le reste | Variable |
En ville, la part des abeilles et apparentés peut approcher 70 % (Rome et al., cité par Laurino et al., 2020). En milieu boisé, elle descend autour d'un tiers. Le détail figure dans l'article que mange le frelon asiatique.
Effets sur les abeilles domestiques
Devant les ruches, le frelon pratique la prédation stationnaire. Au-delà des abeilles tuées, sa simple présence perturbe la colonie. Une étude française (Requier et al., 2019) a mis en évidence une paralysie du butinage : les abeilles limitent leurs sorties, rentrent moins bien, et la colonie s'affaiblit avant l'hiver. Les modélisations associées montrent que ce mécanisme pèse fortement sur la survie hivernale.
La part des pertes de colonies attribuable au frelon reste difficile à établir. Les chiffres varient fortement selon les régions, les années et les méthodes. Le frelon est l'un des facteurs d'affaiblissement parmi d'autres (varroa, maladies, pesticides, ressources florales). Le volet apicole est traité dans impact sur les colonies et la production de miel.
Effets sur les pollinisateurs sauvages et la pollinisation
Le frelon chasse aussi sur les fleurs, où il capture abeilles sauvages, syrphes et autres butineurs. Deux études menées dans le nord-ouest de l'Espagne, région très colonisée, apportent des données concrètes :
- en 2020, Rojas-Nossa et Calviño-Cancela ont montré que le frelon modifie l'abondance et le comportement des visiteurs floraux d'une plante sauvage, avec un effet sur sa pollinisation (Biological Invasions) ;
- en 2023, une étude sur le lierre (Hedera hibernica), ressource clé de fin de saison, a montré que là où le frelon est abondant, les visites des pollinisateurs indigènes changent, que le frelon devient le premier visiteur pour le nectar, et que la production de fruits et de graines du lierre diminue nettement (Rojas-Nossa et al., Basic and Applied Ecology).
Le frelon agit donc de deux façons : par prédation directe et par compétition pour le nectar. Il visite les fleurs, mais pollinise moins bien que les insectes qu'il remplace. Ces résultats concernent des zones de forte densité et des plantes précises. Leur généralisation à toute la France reste à étudier.
Autres effets sur les écosystèmes
- Les guêpes sociales et le frelon européen font partie de ses proies et de ses concurrents. La revue de 2014 ne rapporte toutefois pas de compétition documentée avec le frelon européen.
- Les fruits : en automne, les adultes consomment des fruits mûrs, ce qui concerne surtout les vergers et les vignes : voir frelons, vergers et fruits mûrs.
- Les prédateurs indigènes, comme la bondrée apivore ou certains oiseaux, profitent ponctuellement de cette nouvelle ressource, sans réguler l'espèce : voir prédateurs naturels du frelon asiatique.
Le revers de la lutte : les pièges non sélectifs
La lutte elle-même peut nuire à la biodiversité. Les bouteilles remplies de bière ou de sirop, posées partout et à toute saison, capturent surtout d'autres insectes : mouches, papillons, guêpes, frelons européens, abeilles sauvages. La revue de l'INRAE (Monceau et al., 2014) souligne que le piégeage des reines au printemps peut affecter l'entomofaune, principalement des diptères.
Pour limiter ces dégâts, les recommandations convergent :
- n'utiliser que des pièges sélectifs, qui laissent s'échapper les petits insectes ;
- les poser au printemps et autour des ruchers, pas partout dans les jardins : voir quand piéger ;
- ne jamais utiliser d'appâts empoisonnés ;
- faire détruire les nids par un professionnel, de préférence avant le départ des futures reines : faire détruire un nid de frelons asiatiques.
Pourquoi l'impact est plus fort en ville et près des ruchers
La moitié environ des nids recensés par le MNHN se trouvent en zone urbaine ou périurbaine. Dans ces milieux, les insectes sont moins diversifiés et les ruchers sont parfois nombreux. Le frelon y concentre sa chasse sur les abeilles, d'où une part de proies d'Apoïdes pouvant approcher 70 %.
À l'inverse, dans les milieux plus naturels, la prédation se répartit sur davantage d'espèces. L'effet sur chaque espèce est alors plus dilué, mais il touche des insectes moins suivis, dont l'évolution des populations est rarement mesurée. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'impact réel sur la biodiversité reste difficile à quantifier.
Impact du frelon asiatique sur la biodiversité : en résumé
Le frelon asiatique est un prédateur efficace qui pèse sur les abeilles domestiques et sur une partie des pollinisateurs sauvages. Les effets sur la pollinisation commencent à être mesurés, mais leur ampleur à l'échelle nationale reste mal connue. La lutte doit cibler l'espèce, sans aggraver le problème par des captures massives d'insectes utiles.
Questions fréquentes
Le frelon asiatique menace-t-il la biodiversité ?
Oui, il consomme abeilles, mouches pollinisatrices et guêpes, et des études ont montré une baisse de la pollinisation de plantes sauvages là où il est abondant. L'ampleur globale de cet impact reste encore mal chiffrée.
Le frelon asiatique tue-t-il les abeilles sauvages ?
Oui, il les capture sur les fleurs. Les abeilles domestiques restent toutefois ses proies d'abeilles les plus fréquentes.
Le frelon asiatique pollinise-t-il ?
Il visite les fleurs pour le nectar, notamment le lierre, mais il pollinise moins bien que les insectes qu'il chasse ou concurrence. Une étude a montré une baisse de la production de graines du lierre là où il est abondant.
Les pièges à frelons nuisent-ils à la biodiversité ?
Les pièges non sélectifs capturent surtout d'autres insectes. Seuls des pièges sélectifs, au printemps et près des ruchers, sont recommandés.
Combien de ruches le frelon asiatique détruit-il ?
Aucun chiffre national fiable n'existe. Les pertes varient beaucoup selon les régions et les années, et le frelon agit en combinaison avec d'autres facteurs comme le varroa ou le manque de ressources.
Sources
- Rojas-Nossa et al. (2023), Predator and pollinator? An invasive hornet alters the pollination dynamics of a native plant, Basic and Applied Ecology
- Requier et al. (2019), Predation of the invasive Asian hornet affects foraging activity and survival probability of honey bees, Journal of Pest Science
- Monceau, Bonnard et Thiéry (2014), Vespa velutina: a new invasive predator of honeybees in Europe, Journal of Pest Science (INRAE)
- Villemant et al. (2011), Bilan des travaux MNHN sur l'invasion de Vespa velutina en France
- Laurino et al. (2020), Vespa velutina: an alien driver of honey bee colony losses, Diversity


