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Ruches colorées d'un rucher sous des arbres fruitiers

Prédation stationnaire du frelon asiatique : comment il chasse devant les ruches

La prédation stationnaire du frelon asiatique désigne sa technique de chasse : il se maintient en vol face à l'entrée de la ruche et capture en plein vol les butineuses qui rentrent. Ce comportement s'intensifie de juillet au début d'octobre, culmine vers le milieu de journée et provoque une paralysie du butinage qui affaiblit les colonies avant l'hiver.

Qu'est-ce que la prédation stationnaire du frelon asiatique ?

La prédation stationnaire, parfois appelée « hawking » dans la littérature scientifique, est la technique de chasse caractéristique du frelon asiatique devant les ruchers. Le frelon se place en vol stationnaire à quelques dizaines de centimètres de l'entrée, tourné vers la ruche. Il attend les butineuses chargées qui reviennent, les intercepte en vol et les tue avec ses mandibules.

Il découpe ensuite sa proie et rapporte surtout le thorax, riche en muscles, pour nourrir les larves du nid. Une revue scientifique rappelle qu'un frelon qui a repéré un rucher y revient chaque jour (Laurino et al., 2020). Pour reconnaître l'espèce, voir la fiche du frelon asiatique.

Ce que montrent les observations vidéo

Une étude française a filmé deux ruches en 2009 pour décrire finement ce comportement (Monceau et al., 2013). Ses principaux résultats :

  • les frelons passent environ dix fois plus de temps face à l'entrée que tournés vers l'extérieur ;
  • les butineuses de retour sont capturées significativement plus souvent que les gardiennes postées à l'entrée ;
  • le nombre de frelons ne varie pas au cours de la journée, mais les captures augmentent le matin et culminent entre 13 h et 14 h ;
  • le nombre de frelons augmente de juillet au début d'octobre, les captures culminant vers la mi-septembre ;
  • les captures plafonnent autour de neuf frelons par ruche, puis diminuent quand les frelons sont plus nombreux.

Les auteurs relient le pic de midi à une meilleure efficacité de chasse, liée à la température et à l'ensoleillement, plutôt qu'à un plus grand nombre de frelons.

Pourquoi le frelon chasse les abeilles

Le frelon asiatique est un prédateur généraliste. L'analyse de 2 151 proies rapportées dans 16 nids du sud-ouest de la France a montré que les abeilles domestiques représentaient 38,1 % des proies, les mouches 29,9 % et les guêpes sociales 19,7 % (Rome et al., 2021). La part d'abeilles était plus forte pour les nids situés en milieu urbain, plus faible en forêt.

Un rucher concentre des milliers de proies au même endroit, ce qui en fait un terrain de chasse rentable. Le régime complet est détaillé dans l'article sur l'alimentation du frelon asiatique.

Une pression qui dépend du paysage

La part d'abeilles dans les proies varie selon l'environnement du nid. Une étude citée par une revue scientifique relevait près de 70 % d'abeilles et autres Apoidea dans les proies en milieu urbain, où les ruchers sont nombreux, contre 33 % en zone boisée (Laurino et al., 2020). Les ruchers situés près des zones habitées peuvent donc subir une pression plus forte.

La présence d'autres sources de nourriture compte aussi. En fin d'été, les fruits mûrs et les autres insectes attirent les frelons. Le rucher reste toutefois une source concentrée et stable de proies, ce qui explique la fidélité des frelons à un même site.

Les effets sur la colonie : échec du retour et paralysie

La prédation stationnaire agit de deux façons. D'abord, des butineuses ne rentrent pas : c'est l'échec du retour. Ensuite, face aux frelons, la colonie réduit ou stoppe ses sorties : c'est la paralysie du butinage. Les chercheurs de l'INRAE et du MNHN ont observé ces deux phénomènes sur le terrain et les ont intégrés dans un modèle de dynamique des colonies (Requier et al., 2019).

Selon ce modèle, la paralysie du butinage est un mécanisme important de l'effondrement des colonies en hiver. Une colonie qui butine moins à la fin de l'été stocke moins de réserves et élève moins d'abeilles d'hiver. Les conséquences sont détaillées dans l'article sur l'impact sur les colonies et le miel.

Calendrier de la pression

PériodeSituation devant les ruches
PrintempsFondatrices isolées, pression faible
JuilletPremiers frelons en vol stationnaire
Août à mi-septembrePression croissante, captures maximales vers la mi-septembre (Monceau et al., 2013)
Fin septembre à début octobreNombre maximal de frelons, pic de prédation des nids début octobre (Rome et al., 2021)
NovembreDéclin rapide avec la fin des colonies

Le lien avec le cycle des colonies de frelons est expliqué dans l'article sur le cycle de vie du frelon asiatique.

Reconnaître une prédation stationnaire au rucher

  • Des frelons immobiles en vol, face aux entrées, souvent plusieurs devant une même ruche.
  • Des abeilles regroupées sur la planche d'envol, qui ne décollent presque plus.
  • Des débris d'abeilles (têtes, abdomens) au sol devant les ruches, le frelon emportant le thorax.
  • Une baisse nette des apports de pollen visibles à l'entrée.
Compter les frelons présents devant quelques ruches, à la même heure, plusieurs jours de suite, donne un indicateur simple de la pression. Ce suivi aide à décider quand poser muselières ou harpes, et à juger de leur effet.

Quand le frelon entre dans la ruche

Dans les colonies très affaiblies, le frelon ne se contente plus de chasser en vol. Il peut se poser sur la planche d'envol, puis entrer dans la ruche pour prélever du couvain et du miel. Une revue scientifique indique que des réducteurs d'entrée de moins de 5,5 mm empêchent cette intrusion et retardent l'effondrement de la colonie, sans suffire seuls (Laurino et al., 2020).

Quelles réponses ?

Les dispositifs étudiés visent ce comportement précis. La muselière d'entrée réduit fortement la paralysie du butinage (Requier et al., 2020). La harpe électrique élimine une partie des chasseurs. Les abeilles elles-mêmes disposent de défenses, plus efficaces chez l'abeille asiatique que chez l'abeille européenne : voir comment les abeilles se défendent. Enfin, un nid proche se fait détruire par un professionnel : intervention sur un nid de frelons.

Questions fréquentes

Pourquoi les frelons restent-ils en vol devant les ruches ?

C'est leur technique de chasse : ils se maintiennent en vol stationnaire face à l'entrée pour intercepter les butineuses qui rentrent, surtout de juillet au début d'octobre.

À quelle heure le frelon asiatique attaque-t-il les ruches ?

Le nombre de frelons varie peu dans la journée, mais une étude vidéo a montré que les captures culminent entre 13 h et 14 h.

Qu'est-ce que la paralysie du butinage ?

C'est l'arrêt ou la forte baisse des sorties de la colonie face aux frelons. Les modèles de l'INRAE et du MNHN en font un mécanisme important des pertes hivernales.

Le frelon asiatique ne mange-t-il que des abeilles ?

Non. Dans 16 nids étudiés en France, les abeilles domestiques représentaient 38,1 % des proies, les mouches 29,9 % et les guêpes sociales 19,7 %.

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