Comment le frelon affaiblit une colonie
Le frelon asiatique chasse les butineuses en vol stationnaire devant les ruches. Cette prédation a des effets directs et indirects. Les effets directs sont les abeilles tuées. Les effets indirects, souvent plus graves, viennent du changement de comportement de la colonie.
Les travaux de l'INRAE et du MNHN distinguent l'échec du retour des butineuses et la paralysie du butinage, quand la colonie cesse de sortir. Leur modèle de dynamique des colonies désigne cette paralysie comme un mécanisme important des effondrements hivernaux (Requier et al., 2019). La technique de chasse est décrite dans l'article sur la prédation stationnaire.
L'impact du frelon asiatique sur les abeilles : ce que disent les chiffres
Les données publiées sont fragmentaires et souvent issues de déclarations. Une revue scientifique de 2020 les rassemble (Laurino et al., 2020) :
- dans le sud-ouest de la France, des apiculteurs ont déclaré des pertes de 30 à 80 % de leurs colonies ;
- en Gironde, en 2010, l'Union nationale de l'apiculture française a rapporté 30 % de ruches détruites ou affaiblies ;
- dans un rucher suivi par des chercheurs, une ruche sur six a été détruite et les cinq autres ont perdu environ la moitié de leur population ;
- certaines régions européennes rapportent des pertes approchant 50 % des ruches.
Ces chiffres décrivent des situations de forte pression. Ils ne valent pas moyenne nationale. Les pertes de colonies ont par ailleurs plusieurs causes (varroa, disettes, pesticides, météo), et l'attribution au seul frelon est difficile.
Pourquoi les chiffres divergent
Plusieurs raisons expliquent l'écart entre les estimations. La pression varie fortement d'un rucher à l'autre, selon la densité de nids alentour et le paysage. Les pertes sont souvent déclarées par les apiculteurs, sans protocole commun. Les colonies perdues en hiver le sont parfois pour plusieurs causes combinées. Enfin, les années diffèrent : un été chaud et sec peut amplifier la pression.
Les études expérimentales, comme celles de l'INRAE et du MNHN, apportent des mécanismes plutôt que des moyennes. Elles montrent que la paralysie du butinage pèse sur la survie hivernale, mais l'ampleur dépend de l'intensité et de la durée de la prédation.
Quelle part des proies sont des abeilles ?
L'analyse de 2 151 proies dans 16 nids du sud-ouest de la France a montré que les abeilles domestiques représentaient 38,1 % des proies du frelon asiatique (Rome et al., 2021). Les mêmes auteurs estiment qu'un nid consomme environ 11,32 kg d'insectes au cours d'une saison. La part d'abeilles est plus forte autour des nids urbains, où les ruchers sont nombreux.
Une étude plus ancienne citée par la revue de Laurino et al. relevait près de 70 % d'abeilles et autres Apoidea dans les proies en milieu urbain, contre 33 % en zone boisée. L'impact varie donc beaucoup selon le paysage. L'effet sur les autres insectes est traité dans l'article sur l'impact du frelon sur la biodiversité.
Effets sur la production de miel et de pollen
Aucune estimation nationale fiable de la baisse de production de miel liée au frelon n'a été publiée dans les sources consultées. Les mécanismes sont en revanche bien documentés. Une colonie en paralysie de butinage rapporte moins de nectar et de pollen en fin d'été. Elle peut consommer ses réserves au lieu de les compléter, ce qui oblige à la nourrir.
L'étude galicienne sur les harpes électriques l'illustre : les colonies non protégées avaient moins d'activité de butinage, moins d'apport de pollen, moins de couvain et des ouvrières plus légères que les colonies protégées. Leur survie hivernale était moins bonne (Rojas-Nossa et al., 2022).
Effets directs et indirects
| Effet | Conséquence pour la colonie | Source |
|---|---|---|
| Butineuses capturées | Perte de main-d'œuvre | Monceau et al., 2013 |
| Paralysie du butinage | Moins de nectar et de pollen | Requier et al., 2019 |
| Moins de couvain, ouvrières plus légères | Population d'hiver réduite | Rojas-Nossa et al., 2022 |
| Intrusion dans les ruches faibles | Destruction possible de la colonie | Laurino et al., 2020 |
| Mortalité hivernale accrue | Perte de colonies | Requier et al., 2019 |
Mesurer l'impact sur son propre rucher
Pour objectiver la situation, quelques indicateurs suffisent : nombre de frelons devant les ruches à heure fixe, poids ou réserves des ruches en fin d'été, force des colonies à la mise en hivernage, colonies perdues au printemps. Comparer ruches protégées et non protégées sur un même rucher donne une indication utile, sur le modèle des essais scientifiques.
Conséquences pour la filière apicole
Pour les apiculteurs, le frelon ajoute du travail et des coûts : nourrissement, remplacement des colonies perdues, achat de dispositifs de protection. Le plan national de lutte adopté par arrêté du 9 septembre 2026 prévoit des mesures modulées selon quatre niveaux de pression départementale, dont des dispositifs réduisant le stress des colonies. Selon la presse agricole, aucune indemnisation nouvelle des pertes économiques des apiculteurs n'a été annoncée lors de son adoption. Le détail figure dans l'article sur le plan national de lutte 2026.
Un prédateur aux besoins importants
L'estimation d'environ 11,32 kg d'insectes consommés par nid et par saison (Rome et al., 2021) donne un ordre de grandeur. Avec plus d'un tiers d'abeilles dans les proies, un seul nid proche d'un rucher représente une ponction notable. Plusieurs nids autour d'un même rucher cumulent leurs effets, d'où l'intérêt de repérer et faire détruire les nids proches.
Limiter l'impact
Les études convergent vers une approche combinée : dispositifs devant l'entrée (muselières, harpes électriques), piégeage sélectif de printemps coordonné, colonies fortes à l'entrée de l'hiver et destruction des nids proches par un professionnel (trouver un intervenant). La vue d'ensemble est présentée dans l'article protéger ses ruches.
Questions fréquentes
Combien de ruches le frelon asiatique fait-il perdre ?
Les chiffres varient fortement selon la pression locale. Des apiculteurs du sud-ouest de la France ont déclaré 30 à 80 % de pertes, mais ces données ne valent pas moyenne nationale.
Le frelon asiatique fait-il baisser la production de miel ?
Oui, indirectement : la paralysie du butinage réduit les apports de nectar et de pollen en fin d'été. Aucune estimation nationale fiable de cette baisse n'a été publiée dans les sources consultées.
Quelle part des proies du frelon sont des abeilles ?
38,1 % dans une étude portant sur 16 nids du sud-ouest de la France, avec une part plus forte en milieu urbain.
Les apiculteurs sont-ils indemnisés pour les pertes dues au frelon ?
Selon la presse agricole, aucune indemnisation nouvelle n'a été annoncée lors de l'adoption du plan national en septembre 2026.
Sources
- Laurino et al. (2020), Vespa velutina: an alien driver of honey bee colony losses, Diversity 12(1):5
- Requier et al. (2019), Predation of the invasive Asian hornet affects foraging activity and survival probability of honey bees, Journal of Pest Science 92
- Rome et al. (2021), Not just honeybees: predatory habits of Vespa velutina in France, Annales de la Société entomologique de France 57(1)
- Rojas-Nossa et al. (2022), Effectiveness of electric harps in reducing Vespa velutina predation pressure, Pest Management Science 78(12)
- Réussir, Frelon asiatique : les mesures du plan de lutte national (septembre 2026)


