Frelon asiatique et climat : ce que disent les modèles
Pour prévoir où une espèce invasive peut s'installer, les chercheurs utilisent des modèles de niche. Ils comparent les conditions climatiques des zones où l'espèce vit déjà avec celles d'autres régions.
Une étude publiée en 2011 dans Biological Conservation, menée notamment par des chercheurs du Muséum national d'histoire naturelle, a appliqué cette méthode au frelon asiatique. Ses principaux résultats :
- de nombreux pays d'Europe de l'Ouest présentent une forte probabilité d'invasion ;
- le risque est le plus élevé le long des côtes atlantiques et du nord de la Méditerranée ;
- les côtes des Balkans, la Turquie et le Proche-Orient semblent aussi favorables ;
- au sud-est, la présence du frelon oriental, espèce concurrente, pourrait freiner l'expansion ;
- le Japon apparaissait favorable, alors que l'espèce n'y était pas encore présente.
Ces modèles s'appuient sur des variables climatiques comme les températures et les précipitations. Ils décrivent un potentiel, pas une certitude : la présence réelle dépend aussi des voies d'introduction et des capacités de dispersion.
Ce dernier point a été confirmé ensuite : le frelon asiatique a été détecté au Japon en 2013, sur l'île de Tsushima.
Le changement climatique augmente-t-il le risque ?
Une étude publiée en 2013 dans Biological Conservation s'intitule « Climate change increases the risk of invasion by the Yellow-legged hornet ». Comme son titre l'indique, elle conclut que le changement climatique accroît le risque d'invasion. Le réchauffement peut rendre plus favorables des régions aujourd'hui en limite de répartition.
Ces projections doivent être lues avec prudence. Une autre publication de la même équipe, en 2018, pose la question : les modèles de distribution peuvent-ils vraiment prédire l'expansion d'une espèce invasive ? Une étude de 2022 sur deux fronts d'invasion suggère par ailleurs un possible glissement de niche de l'espèce. Autrement dit, le frelon pourrait s'adapter à des conditions différentes de celles de son aire d'origine.
Quelles régions du monde sont menacées ?
Une étude publiée en 2020 dans la revue NeoBiota a produit une carte consensuelle de l'aptitude climatique. En dehors de l'aire actuelle, des pays comme les États-Unis, l'Australie, la Turquie et l'Argentine apparaissent climatiquement favorables. Les échanges commerciaux pourraient reproduire le scénario d'introduction observé en France.
Quels coûts à venir ?
La même étude de 2020 estime les coûts annuels de destruction des nids si les zones favorables étaient entièrement envahies.
| Pays | Coût annuel estimé |
|---|---|
| États-Unis | 26,9 M€ |
| Japon | 19,5 M€ |
| France | 11,9 M€ |
| Corée du Sud | 11,9 M€ |
| Italie | 9,0 M€ |
| Royaume-Uni | 8,6 M€ |
Ces chiffres sont des projections de modèle, pas des dépenses constatées. Ils concernent surtout le contrôle, sans compter les pertes apicoles. La situation actuelle en Europe est décrite dans l'article le frelon asiatique en Europe.
Les priorités de recherche du plan national
Le plan national de 2026 consacre son premier axe à la recherche et à la communication. Il prévoit notamment :
- de mieux connaître les impacts sur la biodiversité, en particulier sur les oiseaux et les autres insectes ;
- d'évaluer les dégâts en viticulture et en arboriculture ;
- de suivre les effets sur la santé humaine, à partir des données des urgences et des centres antipoison ;
- d'évaluer l'efficacité et la sélectivité des méthodes de lutte ;
- d'étudier de nouvelles pistes pour la destruction des nids, comme le dioxyde de soufre, en vue d'une autorisation.
Un comité consultatif doit orienter ces recherches. Les organismes cités incluent l'ANSES, l'OFB, le MNHN, l'INRAE et des universités.
Des pistes scientifiques à suivre
Plusieurs travaux publiés ouvrent des perspectives, sans solution miracle à ce jour :
- les parasites naturels : une étude de 2015 a décrit des nématodes parasitant le frelon asiatique en France. Elle pose la question de leur rôle possible dans la régulation ;
- la protection des ruchers : des travaux de 2020 testent une méthode favorable à la biodiversité pour réduire l'impact sur les abeilles. Voir les articles sur la prédation stationnaire et les muselières ;
- le régime alimentaire : une étude de 2021 montre que le frelon ne chasse pas que les abeilles, ce qui éclaire son impact sur la biodiversité ;
- les prédateurs : certains oiseaux consomment des frelons, sans contrôler les populations à eux seuls.
Ce que chacun peut faire
L'expansion future dépend aussi des comportements. Quelques gestes simples comptent :
- signaler les nids, pour alimenter la carte nationale de pression. Voir comment signaler un nid ;
- ne pas transporter de nids ou de frelons vivants, ce qui est interdit pour une espèce exotique envahissante ;
- vérifier les marchandises stockées à l'extérieur avant un déménagement ou un envoi lointain, en particulier en hiver, quand les futures fondatrices s'abritent ;
- piéger uniquement de façon sélective, au printemps et autour des ruchers, comme le recommande le plan national.
Quel avenir pour la lutte ?
En France, l'éradication n'est plus considérée comme possible. Le plan national mise sur une lutte proportionnée à la pression locale, sur la recherche et sur un meilleur partage des données. Dans les pays en front d'invasion, la détection précoce reste décisive. La coopération entre pays compte aussi, car l'espèce ignore les frontières. Les données partagées entre chercheurs européens permettent de suivre le front d'invasion et de comparer l'efficacité des méthodes. Partout, le signalement des nids et leur destruction par des professionnels restent les gestes utiles. Les résultats de la recherche devraient, à terme, permettre de mieux cibler l'effort de lutte. Pour une intervention, faire appel à un professionnel de la destruction de nids.
Questions fréquentes
Le réchauffement climatique favorise-t-il le frelon asiatique ?
Une étude publiée en 2013 dans Biological Conservation conclut que le changement climatique augmente le risque d'invasion. Les projections restent incertaines, car l'espèce semble aussi capable de s'adapter.
Le frelon asiatique peut-il s'installer dans le nord de l'Europe ?
Il est déjà présent aux Pays-Bas, au Luxembourg et en Allemagne, et a été signalé de façon transitoire au Danemark. Les modèles indiquent un risque plus fort sur les côtes atlantiques et méditerranéennes.
Quels pays hors d'Europe pourraient être envahis ?
Selon une étude publiée en 2020, des régions des États-Unis, d'Australie, de Turquie et d'Argentine sont climatiquement favorables.
Existe-t-il une lutte biologique contre le frelon asiatique ?
Pas à ce jour de façon opérationnelle. Des pistes sont étudiées, comme des nématodes parasites. Le plan national de 2026 prévoit de financer la recherche sur des méthodes efficaces et sélectives.
Sources
- Villemant et al. (2011), Biological Conservation 144 : 2142-2150 (modèles de niche)
- MNHN, articles scientifiques sur Vespa velutina
- Pensoft, Barbet-Massin, Salles et Courchamp (2020), NeoBiota 55 : coût du contrôle du frelon asiatique
- Plan national de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes (annexe de l'arrêté du 9 septembre 2026)
- NIES (Japon), Invasive Species of Japan : Vespa velutina


