2004 : l'arrivée du frelon asiatique en France, en Lot-et-Garonne
Le scénario le plus souvent retenu situe l'arrivée vers 2004, dans le Lot-et-Garonne. Un producteur de bonsaïs de la région, qui importait régulièrement des poteries chinoises, a déclaré avoir vu des « frelons chinois » près de sa propriété dès l'été 2004. Des nids ont été signalés l'hiver suivant, près de Tonneins. Le premier bilan scientifique de l'invasion, publié en 2006, juge peu probable l'hypothèse d'un transport dans des cageots de fruits et retient celle d'une introduction plus ancienne liée à ces importations.
Le Muséum national d'histoire naturelle reste prudent : les fondatrices « auraient été introduites » avec des poteries venues de Chine. C'est l'explication la plus probable, pas un fait établi.
2005 : l'identification de l'espèce
L'identification formelle date de 2005. Deux observations sont restées dans l'histoire :
- à Tombebœuf (Lot-et-Garonne), un habitant suit la construction d'un nid sous sa terrasse. Des spécimens sont transmis au Muséum national d'histoire naturelle, qui reconnaît des mâles de Vespa velutina ;
- en novembre 2005, à Nérac (Lot-et-Garonne), un grand frelon est capturé sur un kaki dans un jardin privé. Il est identifié comme Vespa velutina, une première pour la France et pour l'Europe.
La sous-espèce présente en France est Vespa velutina nigrithorax, à dominante sombre et aux pattes jaunes. Ses caractères sont détaillés dans la fiche espèce du frelon asiatique.
Une seule fondatrice ? Ce que dit la génétique
Une étude publiée en 2015 dans la revue Biological Invasions a comparé les populations françaises et asiatiques à l'aide de l'ADN mitochondrial et de 22 marqueurs microsatellites. Ses conclusions :
- la population introduite a subi un fort goulot d'étranglement génétique ;
- l'origine la plus probable se situe entre les provinces chinoises du Zhejiang et du Jiangsu, ce qui concorde avec les routes commerciales ;
- l'invasion aurait été fondée par très peu de femelles, peut-être une seule, fécondée par plusieurs mâles ;
- les populations de France et de Corée du Sud proviennent de deux introductions indépendantes.
La reine de frelon asiatique s'accouple avec plusieurs mâles, ce qui est rare chez les Vespidés. Selon les auteurs, cela a pu limiter la perte de diversité génétique et faciliter l'installation. Le rôle de la reine fondatrice et le cycle de vie annuel expliquent comment une seule femelle peut fonder une population.
Une expansion rapide dans tout le pays
Dès 2006, l'espèce est signalée dans plusieurs départements du Sud-Ouest : Lot-et-Garonne, Dordogne, Gironde, Landes et Charente-Maritime. Elle progresse ensuite très vite. Les travaux du MNHN et une étude publiée en 2020 dans la revue NeoBiota estiment la vitesse d'expansion à environ 60 à 80 km par an. Les transports humains accidentels (véhicules, marchandises) contribuent à des sauts de plus longue distance.
Cette progression n'a pas été uniforme. Le front d'invasion a d'abord gagné le Sud-Ouest et la façade atlantique, avant de s'étendre vers le centre, le nord et l'est du pays. Les départements du Nord-Est ont été parmi les derniers touchés. Aujourd'hui, le plan national constate une présence dans tous les départements de l'Hexagone, avec une pression très variable d'un territoire à l'autre.
| Période | Situation |
|---|---|
| 2004 | Premiers frelons observés en Lot-et-Garonne (témoignage) |
| 2005 | Identification formelle de Vespa velutina |
| 2006 | Présence dans 5 départements du Sud-Ouest |
| Années 2010 | Colonisation de plus de la moitié du territoire, premiers pays voisins touchés |
| 2026 | Présence dans tous les départements de l'Hexagone ; occurrences en Corse |
La situation par département est présentée sur la carte de propagation du frelon asiatique. Le développement hors de France est traité dans l'article le frelon asiatique en Europe.
Pourquoi l'invasion a-t-elle si bien réussi ?
Plusieurs facteurs se combinent :
- un climat favorable sur une grande partie du territoire, comme le montrent les modèles de niche ;
- une forte capacité de reproduction : une colonie produit à l'automne de nombreuses futures fondatrices ;
- une alimentation variée, faite d'insectes, dont les abeilles, et de sucres. Il peut aussi profiter des fruits mûrs ;
- peu de prédateurs efficaces en Europe, comme l'explique l'article sur les prédateurs naturels ;
- des nids souvent hauts et discrets, découverts tard, après la sortie des sexués.
La réponse publique, de 2012 à 2026
La réponse réglementaire s'est construite progressivement. Le frelon a été classé danger sanitaire de deuxième catégorie pour l'abeille domestique en 2012. L'introduction de spécimens vivants a été interdite en 2013. L'espèce est devenue espèce exotique envahissante préoccupante pour l'Union européenne en 2016. Enfin, la loi du 14 mars 2025 a conduit au plan national de lutte adopté en septembre 2026. Le détail des textes figure dans l'article sur le statut réglementaire de l'espèce.
Le plan national de 2026 en tire une conclusion nette : l'éradication n'est plus possible. La lutte vise désormais à limiter les impacts, en particulier sur les ruchers.
Le coût de l'invasion
L'étude publiée en 2020 dans NeoBiota estime à environ 23 millions d'euros le coût de la destruction des nids en France entre 2006 et 2015. Elle indique aussi qu'environ 30 à 40 % seulement des nids détectés sont détruits chaque année. Les auteurs projetaient alors un coût annuel pouvant atteindre près de 12 millions d'euros pour la France si l'expansion se poursuivait au même rythme. Les impacts sur l'apiculture et la biodiversité s'y ajoutent. Ils sont présentés dans l'article sur l'impact sur la biodiversité.
Questions fréquentes
Quand le frelon asiatique est-il arrivé en France ?
Les premières observations rapportées datent de l'été 2004 en Lot-et-Garonne. L'espèce a été formellement identifiée en 2005.
Comment le frelon asiatique est-il arrivé en France ?
L'hypothèse la plus probable est une arrivée accidentelle avec des poteries importées de Chine, livrées à un producteur de bonsaïs du Lot-et-Garonne. Ce scénario reste une hypothèse.
Est-il vrai qu'une seule reine est à l'origine de l'invasion ?
Une étude génétique publiée en 2015 conclut que l'invasion a été fondée par très peu de femelles, peut-être une seule, fécondée par plusieurs mâles.
À quelle vitesse le frelon asiatique s'est-il répandu en France ?
Les estimations scientifiques évoquent environ 60 à 80 km par an, avec des sauts plus longs liés aux transports humains.
Le frelon asiatique est-il présent dans tous les départements ?
Oui. Selon le plan national de 2026, il est présent dans tous les départements de l'Hexagone. Il est aussi signalé ponctuellement en Corse.
Sources
- Villemant, Haxaire et Streito (2006), premier bilan de l'invasion de Vespa velutina en France
- OEPP, Reporting Service : premier signalement de Vespa velutina en France
- MNHN / INPN, site Frelon asiatique
- Arca et al. (2015), Biological Invasions 17 : 2357-2371
- Pensoft, Barbet-Massin, Salles et Courchamp (2020), NeoBiota 55 : coût du contrôle du frelon asiatique


