Pourquoi le frelon asiatique a peu de prédateurs en Europe
Dans son aire d'origine en Asie, le frelon asiatique cohabite depuis très longtemps avec des espèces qui l'exploitent ou s'en défendent. En arrivant en France en 2004, il a laissé derrière lui la plupart de ses ennemis spécialisés. C'est un cas classique d'espèce invasive. L'histoire de cette arrivée est retracée dans l'arrivée du frelon asiatique en France.
Les prédateurs européens qui s'y attaquent sont des généralistes, déjà habitués aux guêpes et au frelon européen. Ils ajoutent simplement le frelon asiatique à leur menu, de façon opportuniste.
Les oiseaux prédateurs
La bondrée apivore
La bondrée apivore (Pernis apivorus) est un rapace migrateur présent en France en été. Elle est spécialisée dans les nids de guêpes et de bourdons, dont elle mange le couvain. Elle est protégée par ses plumes faciales serrées. Une bondrée a été observée en train d'attaquer et de détruire un nid de frelon asiatique près de Bordeaux en 2013 (Monceau et al., 2014). Selon une présentation des chercheurs du MNHN, c'est le seul prédateur connu en Europe capable de détruire un nid entier.
Son effet reste limité : l'espèce est peu abondante, elle repart en Afrique dès la fin de l'été, avant le pic des colonies de frelon asiatique, et la plupart des nids sont hors de sa portée sous le feuillage.
Les autres oiseaux
Plusieurs oiseaux capturent des frelons adultes, surtout près des ruchers ou sur les fleurs. La revue de Laurino et al. (2020) cite :
- le guêpier d'Europe (Merops apiaster), spécialiste des insectes volants piqueurs ;
- le geai des chênes, la pie bavarde, la mésange charbonnière et la sittelle torchepot ;
- les poules domestiques, observées en train de capturer des frelons devant des ruches dans le Sud-Ouest.
En hiver, des oiseaux sont parfois vus en train de picorer des nids. Ces nids sont alors vides de colonie. Ce comportement n'a donc pas d'effet sur la population de l'année suivante.
Les mammifères
Le blaireau (Meles meles) déterre et consomme les nids de guêpes souterrains. Il peut faire de même avec les rares nids de frelon asiatique situés au sol ou très bas. Comme la grande majorité des nids secondaires est perchée à plus de 10 mètres, son rôle reste anecdotique. Voir le nid secondaire.
Parasites et maladies
| Ennemi | Type | Effet connu |
|---|---|---|
| Conops vesicularis | Mouche parasitoïde | Pond dans les ouvrières en vol, la larve tue l'hôte. Agit surtout de juin à septembre. |
| Pheromermis (probablement P. vesparum) | Nématode | Trois spécimens trouvés en dix ans sur environ 33 000 frelons examinés. |
| Beauveria bassiana, Metarhizium | Champignons | Testés en recherche, pas d'usage opérationnel. |
La mouche Conops vesicularis est le premier ennemi naturel indigène signalé sur le frelon asiatique en Europe. Elle attaque les ouvrières en vol, mais pas les reines. Les chercheurs du MNHN (Villemant et al., 2015) jugent donc peu probable qu'elle devienne un moyen de lutte efficace.
Le nématode est encore plus rare. Selon la même étude, il ne peut pas infecter la reine fondatrice, et les sexués infectés meurent avant de fonder une colonie. Les auteurs concluent que ni le nématode ni la mouche ne peuvent stopper l'invasion. Un parasitoïde asiatique, Bareogonalos jezoensis, s'attaque aussi à d'autres guêpes et n'est pas envisageable en Europe.
Pourquoi ces prédateurs ne suffisent pas
- Les prédateurs tuent surtout des ouvrières. Selon les chercheurs du MNHN, une colonie peut perdre environ 75 % de ses ouvrières et produire quand même des sexués.
- Les reines sont épargnées. Pendant l'hiver, elles sont cachées. Au printemps, elles sont peu nombreuses et dispersées.
- Les nids sont inaccessibles. Hauts et cachés, ils échappent à la plupart des prédateurs.
- Les colonies sont très productives. Plusieurs centaines de futures reines par nid compensent largement les pertes.
La revue de Laurino et al. (2020) résume : l'impact des prédateurs est sporadique et insuffisant pour contrôler les populations. La lutte repose donc sur la destruction des nids par des professionnels et sur la protection des ruchers : voir protéger ses ruches.
Idées reçues sur les ennemis du frelon asiatique
« Il suffit d'installer des nichoirs à mésanges. » Les mésanges consomment surtout d'autres insectes et des chenilles. Leur prédation sur le frelon est occasionnelle. Les nichoirs sont utiles à la biodiversité, pas comme moyen de lutte.
« Le frelon européen chasse le frelon asiatique. » Aucune compétition ni prédation significative entre les deux espèces n'est documentée selon la revue de l'INRAE (Monceau et al., 2014). Le frelon européen est une espèce indigène, protégée dans certains pays comme l'Allemagne depuis 1987.
« On pourrait importer ses ennemis d'Asie. » Les parasites connus en Asie s'attaquent aussi à d'autres guêpes indigènes. Leur introduction ferait courir un risque à la faune locale et n'est pas envisagée.
Les abeilles : des proies qui se défendent
En Asie, l'abeille asiatique (Apis cerana) a développé une parade efficace : des dizaines d'ouvrières enveloppent le frelon dans une boule et font monter la température. Selon le MNHN, le frelon meurt vers 45 °C, alors que les abeilles tolèrent environ 50 °C. L'abeille domestique européenne pratique aussi ce comportement, mais de façon moins efficace. Le détail est dans comment les abeilles se défendent.
Questions fréquentes
Quel est le principal prédateur du frelon asiatique ?
En Europe, la bondrée apivore est le seul prédateur connu capable de détruire un nid. D'autres oiseaux, comme le guêpier d'Europe, capturent des adultes. Aucun ne régule réellement l'espèce.
Les mésanges mangent-elles les frelons asiatiques ?
La mésange charbonnière fait partie des oiseaux observés en train de consommer des frelons, mais de façon ponctuelle. Son effet sur les populations est négligeable.
Les poules mangent-elles les frelons asiatiques ?
Oui, des poules ont été observées capturant des frelons devant des ruches, mais cela ne protège pas efficacement un rucher.
Existe-t-il une lutte biologique contre le frelon asiatique ?
Pas à l'heure actuelle. Une mouche parasite, un nématode et des champignons sont étudiés, mais aucun n'est utilisable en lutte opérationnelle.
Le frelon européen mange-t-il le frelon asiatique ?
Aucune compétition ni prédation significative entre les deux espèces n'a été documentée par la revue INRAE de 2014. Le frelon européen est une espèce indigène qu'il ne faut pas détruire sans raison.
Sources
- Laurino et al. (2020), Vespa velutina: an alien driver of honey bee colony losses, Diversity
- Villemant et al. (2015), Mermithid nematodes parasitizing the yellow-legged Asian hornet in France, PeerJ
- Monceau, Bonnard et Thiéry (2014), Vespa velutina: a new invasive predator of honeybees in Europe, Journal of Pest Science (INRAE)
- Villemant et al. (2011), Bilan des travaux MNHN sur l'invasion de Vespa velutina en France


