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Abeille domestique posée sur une planche de bois

La défense des abeilles contre le frelon asiatique : boule thermique et limites

La défense des abeilles contre le frelon repose surtout sur la boule thermique : des dizaines d'ouvrières enveloppent le frelon et font monter la température autour de 45 °C, ce qui le tue. L'abeille asiatique Apis cerana, qui a évolué avec ce prédateur, la pratique bien plus efficacement que l'abeille européenne Apis mellifera, qui y parvient rarement.

Deux abeilles, deux histoires

Le frelon asiatique vit naturellement en Asie, où il chasse depuis toujours l'abeille asiatique, Apis cerana. Les deux espèces ont évolué ensemble. L'abeille asiatique a développé des défenses adaptées à ce prédateur.

L'abeille domestique européenne, Apis mellifera, n'a pas connu cette histoire commune. Une revue scientifique souligne qu'elle ne dispose pas de défenses efficaces contre le frelon asiatique (Laurino et al., 2020). L'arrivée du frelon en Europe, détaillée dans l'article l'arrivée du frelon asiatique en France, l'a confrontée à un prédateur nouveau.

La défense des abeilles contre le frelon : la boule thermique

La boule thermique, ou « heat-balling », est la défense la plus spectaculaire. Lorsqu'un frelon s'approche trop de l'entrée ou s'y pose, des ouvrières se jettent sur lui et l'enveloppent en une boule compacte. Elles font vibrer leurs muscles de vol sans battre des ailes, ce qui produit de la chaleur.

Une étude sur des colonies d'Apis cerana et d'Apis mellifera a mesuré une température d'environ 45 °C au cœur de la boule (Tan et al., 2012). Les gardiennes des deux espèces élevaient leur température thoracique pendant ce comportement.

Les abeilles survivent car les seuils de température mortels diffèrent entre le frelon et les abeilles. Une étude de référence publiée en 2005 a montré que ces écarts offrent aux abeilles une marge de sécurité thermique (Ken et al., 2005).

Chaleur et asphyxie

La chaleur n'agit pas seule. Des travaux japonais sur l'abeille asiatique du Japon et le frelon géant, résumés par la revue Nature en 2009, ont mesuré environ 46 °C et un taux de dioxyde de carbone d'environ 3,7 % dans la boule. À ce taux de CO₂, la tolérance du frelon à la chaleur baisse, et la température devient mortelle pour lui en quelques minutes. Le frelon géant, absent de France, est présenté dans l'article frelon géant asiatique.

Apis cerana et Apis mellifera : la comparaison

L'étude de Ken et al. (2005) a comparé directement les deux espèces face au frelon asiatique. Les boules formées par Apis cerana réunissaient significativement plus d'ouvrières, et la température au cœur de la boule était significativement plus élevée que chez Apis mellifera.

Dans des colonies mixtes, les deux espèces coopèrent à la boule thermique, mais l'abeille asiatique se montre plus engagée (Tan et al., 2012). En Europe, l'abeille domestique peut parfois envelopper un frelon posé sur la planche d'envol, mais cette défense réussit rarement (Laurino et al., 2020).

CritèreApis cerana (abeille asiatique)Apis mellifera (abeille européenne)
Histoire avec le frelon asiatiqueCoévolution ancienneContact récent en Europe
Nombre d'ouvrières dans la boulePlus élevéPlus faible
Température au cœur de la boulePlus élevéePlus basse
Efficacité observéeDéfense efficaceRéussit rarement

Le rôle des gardiennes

À l'entrée de la ruche, des ouvrières gardiennes surveillent les arrivées. Ce sont elles qui déclenchent la boule thermique quand un frelon se pose ou s'approche trop. Chez les deux espèces d'abeilles, ces gardiennes élèvent leur température thoracique lors de la défense (Tan et al., 2012). Une colonie populeuse dispose de plus de gardiennes, ce qui renforce cette première ligne.

Pourquoi la défense de l'abeille européenne ne suffit pas

Le frelon asiatique chasse surtout en vol, sans se poser. Il intercepte les butineuses qui rentrent. Une étude vidéo menée en France a montré que les butineuses de retour sont plus souvent capturées que les gardiennes (Monceau et al., 2013). La boule thermique, qui suppose un contact, n'a donc que peu d'occasions de se déclencher.

La réponse la plus visible de l'abeille européenne est au contraire de réduire ses sorties. Cette « paralysie du butinage » protège les butineuses à court terme mais prive la colonie de ressources. Les chercheurs de l'INRAE et du MNHN la jugent possiblement inadaptée, car elle augmente le risque d'effondrement hivernal (Requier et al., 2019). Le comportement de chasse est décrit dans l'article sur la prédation stationnaire.

Un autre contraste : le butinage

L'étude de Ken et al. (2005), conduite en Asie, a relevé que le butinage de l'abeille asiatique diminuait avec la durée des attaques, alors que celui de l'abeille européenne n'était pas significativement affecté dans ces conditions. Les observations françaises montrent pourtant des paralysies du butinage chez l'abeille européenne en cas de forte pression (Requier et al., 2019). Les contextes et les intensités de prédation diffèrent, ce qui invite à ne pas généraliser.

Peut-on sélectionner des abeilles plus défensives ?

L'idée est parfois avancée. Dans les sources consultées, aucune lignée d'abeille européenne n'est décrite comme capable d'une défense comparable à celle de l'abeille asiatique. L'abeille asiatique n'est pas une alternative en Europe : elle est adaptée à d'autres conditions et l'introduction d'espèces exotiques pose des risques sanitaires. La protection repose donc sur la conduite des colonies et les dispositifs du rucher.

Ce qu'il faut retenir

  • La boule thermique tue le frelon par la chaleur, autour de 45 °C, aidée par la hausse du CO₂.
  • L'abeille asiatique forme des boules plus grandes et plus chaudes que l'abeille européenne.
  • L'abeille européenne réussit rarement cette défense face au frelon asiatique.
  • Le frelon chasse surtout en vol, ce qui limite les occasions de contact.
  • La paralysie du butinage est la réponse la plus visible chez l'abeille européenne, et elle fragilise la colonie.

Aider les abeilles à se défendre

Les colonies populeuses gardent plus d'ouvrières disponibles pour défendre l'entrée. Les dispositifs devant la ruche compensent l'absence de défense efficace : muselières d'entrée, harpes électriques. Les mesures de fond sont présentées dans les articles renforcer les colonies avant l'hiver et protéger ses ruches. Un nid proche se fait détruire par un professionnel : intervention sur un nid.

Questions fréquentes

Comment les abeilles tuent-elles un frelon ?

Par la boule thermique : des ouvrières enveloppent le frelon et font vibrer leurs muscles pour élever la température vers 45 °C. La hausse du CO₂ dans la boule rend cette chaleur plus vite mortelle pour le frelon.

Les abeilles européennes savent-elles se défendre contre le frelon asiatique ?

Peu. Elles peuvent parfois former une boule autour d'un frelon posé, mais cela réussit rarement. Le frelon chasse surtout en vol, sans contact.

Pourquoi l'abeille asiatique résiste-t-elle mieux ?

Elle a évolué avec le frelon asiatique. Ses boules thermiques réunissent plus d'ouvrières et atteignent des températures plus élevées que celles de l'abeille européenne.

À quelle température meurt le frelon dans la boule ?

Les mesures publiées situent le cœur de la boule autour de 45 à 46 °C. Les seuils mortels diffèrent entre frelon et abeilles, ce qui laisse une marge de sécurité aux abeilles.

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