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Abeille domestique posée sur une planche de bois

Pourquoi et comment renforcer les colonies avant l'hiver

Pour renforcer les colonies avant l'hiver face au frelon asiatique, l'objectif est d'entrer en hivernage avec des colonies populeuses, bien pourvues en réserves et en pollen, peu infestées par le varroa et protégées à l'entrée. Une colonie forte résiste mieux à la paralysie du butinage que provoque le frelon en fin d'été.

Pourquoi la force des colonies compte

Le frelon asiatique exerce sa pression maximale en fin d'été et au début de l'automne. Une étude vidéo en France a relevé un nombre croissant de frelons devant les ruches de juillet au début d'octobre (Monceau et al., 2013). C'est précisément la période où la colonie élève ses abeilles d'hiver, à longue durée de vie.

Les chercheurs de l'INRAE et du MNHN ont montré que la paralysie du butinage provoquée par le frelon réduit les apports de la colonie et augmente le risque d'effondrement hivernal (Requier et al., 2019). Une colonie déjà faible a moins de marge. Ce mécanisme est décrit dans l'article sur l'impact sur les colonies et le miel.

Renforcer les colonies avant l'hiver : les leviers

Les leviers sont ceux des bonnes pratiques apicoles classiques. Le frelon les rend simplement plus décisifs.

Des réserves suffisantes

Une colonie en paralysie de butinage rapporte moins de nectar. Elle peut entamer ses provisions dès la fin de l'été. Le contrôle du poids des ruches et des cadres de réserves permet de décider d'un nourrissement complémentaire avant l'hiver. Le nourrissement se fait de préférence le soir, pour limiter le pillage.

Le pollen de fin de saison

Le pollen sert à élever le couvain, donc les abeilles d'hiver. L'étude galicienne sur les harpes électriques a montré que les colonies protégées rapportaient plus de pollen, élevaient plus de couvain et avaient des ouvrières plus lourdes (Rojas-Nossa et al., 2022). Les auteurs recommandent d'améliorer l'accès des colonies aux ressources alimentaires pendant les pics de prédation.

La maîtrise du varroa

Une colonie infestée par le varroa produit des abeilles d'hiver affaiblies. Le traitement de fin d'été, réalisé dans le respect des produits autorisés et des recommandations sanitaires, s'ajoute à la protection contre le frelon. Les deux stress se cumulent.

La réunion des colonies faibles

Une colonie peu populeuse défend mal son entrée et supporte mal la paralysie du butinage. Réunir deux colonies faibles en une seule colonie plus forte est une pratique courante en fin de saison. Elle limite aussi les risques d'intrusion du frelon dans une ruche dépeuplée.

Des reines jeunes et de qualité

Une reine jeune et prolifique maintient une ponte soutenue en fin d'été. Le remplacement des reines défaillantes, programmé en saison, prépare des colonies plus robustes pour l'automne.

Protéger l'entrée des colonies

Renforcer une colonie n'empêche pas les frelons de chasser. La protection de l'entrée complète la démarche. La muselière réduit fortement la paralysie du butinage, selon un essai mené sur 22 paires de colonies (Requier et al., 2020). Les réducteurs d'entrée de moins de 5,5 mm empêchent le frelon d'entrer dans les ruches affaiblies (Laurino et al., 2020). Voir l'article muselières et grilles d'entrée.

La harpe électrique réduit le nombre de chasseurs devant les ruches. Elle a amélioré la survie hivernale des colonies dans l'étude galicienne.

Pourquoi combiner force et protection

Les résultats publiés montrent que la protection améliore la force des colonies. Dans l'étude galicienne, les colonies protégées par une harpe avaient plus de couvain et des ouvrières plus lourdes. Dans l'essai français, la muselière a maintenu l'activité de butinage. La force de la colonie et la protection de l'entrée se renforcent donc mutuellement : une colonie protégée reste forte, une colonie forte tire mieux parti de la protection.

L'emplacement du rucher

Le choix de l'emplacement d'hivernage peut aussi compter. L'ITSAP recommande de concentrer le piégeage sélectif de printemps autour des ruchers ayant subi une surmortalité hivernale attribuée au frelon, pour protéger leur emplacement d'hivernage. Ce piégeage demande un maillage serré et plusieurs printemps consécutifs, comme l'explique l'article piéger autour du rucher.

Un nid actif proche du rucher entretient la pression. Le repérer et le faire détruire par un professionnel avant l'automne réduit le nombre de chasseurs : faire intervenir un professionnel.

Les erreurs à éviter

  • Attendre l'automne pour s'inquiéter : la pression commence souvent dès juillet et les abeilles d'hiver s'élèvent en fin d'été.
  • Nourrir en plein jour près de ruches attaquées : le nourrissement attire pillards et frelons, il se fait de préférence le soir.
  • Laisser une colonie faible isolée en bout de rucher : elle devient une cible facile pour l'intrusion.
  • Compter uniquement sur la force de la colonie : l'abeille européenne n'a pas de défense efficace contre le frelon, comme l'explique l'article sur la défense des abeilles.
  • Négliger le varroa parce que le frelon accapare l'attention : les deux stress se cumulent.

Surveiller pendant la saison

Un comptage régulier des frelons devant les ruches, l'observation des entrées et des apports de pollen, et la pesée des ruches en fin d'été permettent de repérer tôt les colonies en difficulté. Une intervention précoce, nourrissement ou réunion, laisse le temps à la colonie de se reconstituer avant le froid.

Calendrier indicatif

PériodeActions
PrintempsPiégeage sélectif coordonné autour des ruchers touchés, renouvellement des reines
ÉtéSurveillance des frelons devant les ruches, pose des muselières ou harpes
Fin d'étéTraitement contre le varroa, contrôle des réserves, réunion des colonies faibles
AutomneNourrissement si nécessaire, réducteurs d'entrée, maintien des protections tant que la pression dure
HiverRetrait des muselières, bilan des pertes pour orienter le piégeage de printemps

Faire le bilan après l'hiver

Noter les colonies perdues, leur force à l'automne et la pression observée aide à ajuster la stratégie. Ce bilan sert aussi aux réseaux locaux de lutte, qui ciblent le piégeage de printemps sur les ruchers les plus touchés. Les défenses propres aux abeilles, limitées chez l'abeille européenne, sont décrites dans l'article comment les abeilles se défendent. La vue d'ensemble figure dans protéger ses ruches.

Questions fréquentes

Comment préparer ses ruches à l'hiver face au frelon asiatique ?

Assurer des réserves suffisantes, maîtriser le varroa, réunir les colonies faibles, protéger l'entrée par une muselière ou un réducteur et faire détruire les nids proches.

Faut-il nourrir les abeilles quand le frelon est présent ?

Si la paralysie du butinage a réduit les apports, un nourrissement complémentaire peut être nécessaire avant l'hiver. Le contrôle des réserves permet d'en décider.

Pourquoi réunir les colonies faibles ?

Une colonie peu populeuse défend mal son entrée et supporte mal la pression du frelon. Réunir deux colonies faibles donne une colonie plus forte pour l'hivernage.

Une colonie forte suffit-elle face au frelon ?

Non. Elle résiste mieux, mais la protection de l'entrée, le piégeage de printemps et la destruction des nids proches restent nécessaires en cas de forte pression.

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