Deux objectifs différents
Piéger le frelon asiatique au rucher recouvre deux pratiques. Au printemps, il s'agit de capturer les reines fondatrices dans l'environnement du rucher, pour réduire le nombre de nids qui le menaceront l'été. En fin d'été et à l'automne, il s'agit de capturer des ouvrières qui chassent devant les ruches, pour diminuer la pression immédiate.
Ces deux pratiques n'ont ni le même effet ni le même coût écologique. Le cycle qui les explique est décrit dans l'article sur le cycle de vie du frelon asiatique.
Ce que montre l'étude de l'ITSAP
À la demande du ministère de l'Agriculture, l'ITSAP-Institut de l'abeille a évalué le piégeage de printemps de 2016 à 2019 dans trois départements : Morbihan, Vendée et Pyrénées-Atlantiques. Les données ont été recueillies par des réseaux de bénévoles et analysées par l'unité BioSP de l'INRAE d'Avignon.
Les résultats publiés en 2021 sont nuancés :
- la présence de pièges réduit le nombre de nids à proximité ;
- le rayon d'action d'un piège sur la densité de nids est inférieur à 400 m ;
- un piégeage répété sans interruption pendant quatre ans est environ deux fois plus efficace que sur trois ans ;
- aucun élément scientifique ne permet d'envisager l'éradication du frelon.
Piéger le frelon asiatique au rucher : le maillage recommandé
Comme le frelon chasse généralement dans un rayon de 2 km autour de son nid, l'ITSAP a calculé des maillages types :
| Zone protégée | Surface | Nombre de pièges | Espacement | Densité |
|---|---|---|---|---|
| Disque de 1 km de rayon | 3 km² | 59 | 350 m | Environ 19 par km² |
| Carré de 2 km de côté | 4 km² | 51 | 280 m | Environ 13 par km² |
Selon la note, un espacement plus serré n'améliore pas l'efficacité. Ces chiffres montrent qu'un rucher ne se protège pas avec deux ou trois pièges posés devant les ruches. Le piégeage de printemps est une action collective, à organiser avec les voisins, la commune ou le groupement sanitaire apicole.
Quels ruchers protéger en priorité
L'ITSAP recommande de cibler les ruchers ayant subi une surmortalité hivernale attribuée au frelon, pour protéger leur emplacement d'hivernage. Un piégeage généralisé n'est pas recommandé, car il affecte l'entomofaune. Le choix du piège suit les critères décrits dans l'article qu'est-ce qu'un piège sélectif.
Organiser un réseau de piégeage
Un réseau efficace repose sur quelques étapes simples. D'abord, cartographier les ruchers touchés l'hiver précédent. Ensuite, tracer un maillage autour de chacun, en respectant les espacements de l'ITSAP. Puis répartir les pièges entre volontaires : apiculteurs, riverains, communes. Enfin, fixer un jour de relevé commun et centraliser les captures dans un registre partagé.
L'ITSAP propose deux familles d'indicateurs. Les indicateurs de moyens : nombre de pièges, surface protégée, durée. Les indicateurs de résultats : fondatrices piégées, nids localisés, pression de prédation sur les ruchers protégés. Ce suivi permet de juger localement si l'effort vaut la peine, car les zones de l'étude ne représentent pas tous les paysages.
Les nids découverts pendant la saison doivent être signalés, selon les modalités décrites dans l'article signaler un nid.
En fin d'été : piéger devant les ruches
De juillet à octobre, les frelons se postent en vol stationnaire devant les ruches. Une étude vidéo en Gironde a relevé que les captures d'abeilles culminaient entre 13 h et 14 h, et que les butineuses de retour étaient plus souvent prises que les gardiennes (Monceau et al., 2013). Ce comportement est décrit dans l'article sur la prédation stationnaire.
Quelques pièges sélectifs à proximité des ruches peuvent alors réduire le nombre de chasseurs. Cette pratique ne fait pas baisser la population de frelons de l'année suivante. Elle doit rester limitée dans le temps et s'accompagner d'autres protections : muselières, harpes électriques, colonies fortes. Le débat est résumé dans l'article faut-il piéger à l'automne.
En pratique, en fin d'été
Le nombre de pièges reste modeste, quelques unités réparties autour des ruches les plus attaquées. Ils se placent un peu à l'écart des entrées, pour ne pas attirer les abeilles du rucher vers l'appât. Les relevés doivent être fréquents, car l'activité des insectes est forte à cette saison. Dès que la pression baisse, les pièges sont retirés.
Ce piégeage de fin d'été doit être vu comme une mesure d'appoint. Les études qui ont mesuré un effet sur la survie des colonies portent sur d'autres dispositifs, notamment la muselière (Requier et al., 2020) et la harpe électrique (Rojas-Nossa et al., 2022).
Le débat sur l'efficacité et les prises accessoires
Toutes les études ne sont pas aussi favorables. En Galice, des chercheurs ayant comparé quatre pièges du commerce concluent que le piégeage par appât, avec les outils actuels, n'est pas durable écologiquement dans les régions où le frelon est installé. Ils notent que les captures restent très faibles comparées au nombre de nouvelles reines produites chaque saison (Rojas-Nossa et al., 2024).
Le désaccord apparent tient en partie à l'échelle. Le piégeage de printemps intensif, coordonné et répété peut réduire localement les nids. Un piégeage diffus, non sélectif, toute l'année, n'a pas d'effet démontré et nuit aux insectes sauvages.
Le cadre du plan national 2026
Le plan national adopté par arrêté du 9 septembre 2026 cite le piégeage des fondatrices au printemps et les dispositifs qui réduisent le stress des colonies parmi les mesures modulées selon le niveau de pression du département. Les méthodes sélectives sont privilégiées. Les plans départementaux préciseront l'organisation locale. Voir l'article sur le plan national de lutte 2026 et la vue d'ensemble pour protéger ses ruches.
Questions fréquentes
Combien de pièges autour d'un rucher ?
L'ITSAP calcule environ 59 pièges espacés de 350 m pour un disque de 1 km de rayon, ou 51 pièges espacés de 280 m pour un carré de 2 km de côté.
Faut-il mettre des pièges devant les ruches ?
Au printemps, les pièges se répartissent dans l'environnement du rucher. En fin d'été, quelques pièges sélectifs près des ruches peuvent soulager les colonies, sans réduire la population de l'année suivante.
Le piégeage protège-t-il vraiment les ruches ?
Le piégeage de printemps réduit le nombre de nids à proximité s'il est répété plusieurs années avec un maillage fin. Il ne suffit pas seul et doit être combiné à d'autres protections.
Pendant combien d'années faut-il piéger ?
Plusieurs printemps consécutifs. Selon l'ITSAP, quatre années sans interruption sont environ deux fois plus efficaces que trois.
Sources
- ITSAP-Institut de l'abeille, note technique sur le piégeage de printemps des fondatrices (février 2021)
- ITSAP-Institut de l'abeille, Évaluation de l'efficacité du piégeage de printemps
- Monceau et al. (2013), Native prey and invasive predator patterns of foraging activity, PLOS ONE 8(6):e66492
- Rojas-Nossa et al. (2024), Comparison of effectiveness and selectiveness of baited traps for Vespa velutina, Animals 14(1):129
- Banque des Territoires, Lutte contre le frelon asiatique : le plan national adopté (septembre 2026)


